AUVERGNE > CLERMONT-FERRAND 17/12/14 – 12H00

Les sièges de conduite du tram inadaptés

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Dossier trop droit, tablette trop large, visibilité du tableau de commandes insuffisante, position des mains pénibles : rien ne semble avoir été conçu correctement dans la cabine de pilotage du tram. - photo jean-louis gorce

Dossier trop droit, tablette trop large, visibilité du tableau de commandes insuffisante, position des mains pénibles : rien ne semble avoir été conçu correctement dans la cabine de pilotage du tram. – photo jean-louis gorce

Parmi les dossiers dont hérite la nouvelle équipe d’élus au SMTC : celui d’une ergonomie inadaptée – dès la conception – des cabines de pilotage. Gare à la note !

Il suffit de s’asseoir durant quelques minutes à la place d’un conducteur de tramway pour comprendre le problème : dossier trop droit et trop rigide, tablette de conduite trop large qui empêche de voir la totalité de l’écran selon votre taille, accoudoirs mal placés. Sans oublier le système de veille ethnique qui oblige le conducteur à appuyer en permanence (par fréquence de 10 secondes d’appui, deux secondes d’intervalles !) sur deux boutons situés de part et d’autre de la tablette.

Des gestes et une position que chaque conducteur de tram occupe sept heures par jour par séquences de 55 minutes (temps de trajet entre la Pardieu et les Vergnes).

Dès 2009

Très vite, à peine trois ans après la mise en service du tramway clermontois, les réserves émises par le CHSCT durant la construction des rames prouvent leur bien fondé : la cabine de pilotage n’est pas adaptée. Si certains en doutent encore, la médecine du Travail reconnaît, dès 2009, plusieurs cas de maladie professionnelle au niveau du canal carpien : le fait de devoir appuyer en permanence sur les boutons de veille provoque des douleurs. À ce jour, huit conducteurs présentent des troubles musculo-squelettiques liés directement à leur profession. À tel point que la CARSAT a donné trois ans à la T2C pour régler le problème. Pour info, T2C figure parmi une liste de 156 entreprises auvergnates où les maladies professionnelles atteignent un seuil trop élevé. Dès 2011, une étude commandée par le SMTC révèle que la rigidité de la posture de conduite liée à la répétitivité des gestes des mains provoque des dommages au niveau du canal carpien. À la suite de ces résultats, un groupe de travail est créé dès 2012 ; il regroupe le SMTC, la T2C, NTL (le constructeur des rames) et des représentants du CHSCT. Un cabinet d’ergonomie est chargé de réfléchir sur les améliorations à apporter à la cabine de pilotage.

Maquette en taille réelle

Dès janvier, les travaux préconisés vont être présentés sous forme de maquette en taille réelle. Comment ? En mai dernier, une rame est gravement endommagée par un automobiliste ivre. Profitant des travaux de réparation, le SMTC a voulu qu’elle se transforme momentanément en prototype : dès le mois de janvier, elle sera à nouveau présente à Clermont-Ferrand. À l’intérieur d’une cabine de pilotage, les équipements proposés seront testés par des conducteurs. Leur choix sera ensuite validé par le groupe de travail. Objectif : que toutes les rames en circulation soient dotées de cabines revues et corrigées d’ici la fin 2016. Idem pour la rame en construction qui doit venir en remplacement de celle qui avait brûlé. Là aussi, la prévention a eu le dessus puisque les travaux de construction ont été interrompus afin qu’elle ne soit pas équipée comme elle l’était à l’origine. Les quatre rames supplémentaires dont le SMTC a annoncé l’achat seront bien sûr dotées des nouveaux postes de pilotage.

Jurisprudence ?

L’opération a un coût : 4 millions d’euros (soit environ 80.000 euros par cabine) dont le SMTC se serait bien passé face aux énormes travaux de voirie (viaduc Saint-Jacques en tête). « Mais nous n’avons pas le choix. L’espérance de vie d’une rame est de 25 ans. Combien de maladies professionnelles seraient-elles apparues chez les conducteurs sur cette période, et combien leur prise en charge coûterait-elle ? » interroge Olivier Arnal, vice-président du SMTC. « Aujourd’hui, il faut saluer la volonté du SMTC d’associer tous les acteurs concernés au dossier » souligne Bruno Bernard, secrétaire du comité hygiène et sécurité. « En espérant que ce qui va en sortir fera jurisprudence ».