Parcs-relais de la CUB : 100 emplois au terminus

Keolis veut automatiser les parkings du réseau TBC. Employés d’une société prestataire, les agents chargés de l’accueil sont menacés dès le 1er janvier.

Parcs-relais de la CUB : 100 emplois au terminus
L’entreprise Phone Régie, prestataire de Keolis, emploie plus de 90 personnes dans les parcs-relais de la CUB. © Photo

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«On est en train de sacrifier l’aspect humain. » Ghislaine Lesage est autant en colère que sonnée. Le « coup » que cette déléguée syndicale vient de prendre « en plein sur la tête » lui a été annoncé par sa direction mercredi dernier : « Keolis ne veut plus de présence humaine pour assurer l’accueil dans les parcs-relais. » Jusqu’à présent, les 14 parkings de l’agglomération fonctionnaient grâce aux agents chargés du lien avec la clientèle. « On informe sur les tarifs, la durée de stationnement, les formules ‘‘parking et tram”, car beaucoup de gens ne connaissent pas vraiment tout ça », explique la quinquagénaire.

Une mission qu’assurait jusque-là Phone Régie. L’entreprise (1) est mandatée par Keolis (délégataire en charge des transports de la CUB) : une centaine de ses agents œuvrent du matin au soir en complément des distributeurs automatiques. Un contrat qui courait jusqu’au 31 décembre. Mais dès 2015, tout risque de changer.

En cause, la nouvelle délégation de service public entre la Communauté urbaine de Bordeaux et Keolis, votée le 31 octobre dernier. Les élus avaient à choisir entre cette société déjà titulaire du précédent contrat et Transdev urbain. Le volet financier figurait comme un critère principal pour attribuer ce marché à près de 1,7 milliard d’euros sur huit ans. Ainsi, la société qui avait ravi à Veolia en 2009 l’exploitation du réseau TBC était la mieux-disante sur le plan financier. Christophe Duprat, maire de Saint-Aubin-de-Médoc et chargé des transports à la CUB, signalait même « une vraie différence en termes de prix » entre les deux propositions.

Des critères financiers

Aujourd’hui, les salariés de Phone Régie ont l’impression d’être les grands sacrifiés de l’offre de Keolis. « Depuis la création du réseau de tram en 2003, le personnel a toujours été repris au complet par les sociétés à qui on déléguait l’accueil des parcs-relais », rappelle Maryse Ges, une autre déléguée syndicale. Le service des parcs-relais a ainsi été assuré par le passé par la Brink’s, Neo Security… « Tout le monde savait que le contrat s’arrêtait le 31 décembre, mais on ne pouvait pas imaginer que Keolis déciderait de supprimer tous nos emplois pour mettre des automates. »

Un vote unanime

Les employés s’étonnent aussi que des élus aient pu voter cette délégation « au coût social désastreux » : « à l’heure où le chômage bat son plein, on rigole bien de voir la ville d’Alain Juppé se séparer d’une centaine de personnes », confient des salariés regroupés pour défendre leurs intérêts. Ils ont même essayé de joindre le maire de la Ville. « Un présidentiable qui licencie, ça ne fait pas sérieux », ajoute ironiquement l’un d’eux. Mais c’est pourtant l’ensemble des représentants de la CUB qui a voté en faveur de Keolis : la délibération avait été approuvée à l’unanimité. Contactés hier, les services de l’agglomération indiquent qu’aucun élu n’était disponible pour commenter ce choix et ses répercussions.

En revanche, Keolis a pris la mesure de la détermination des employés, et indique « n’avoir pris personne par surprise ». Jean-Louis Baujard, directeur des ressources humaines à Bordeaux, affirme « avoir précisé depuis cinq mois que le contrat avec la CUB prenait fin le 31 décembre 2014. Nous n’étions pas certains de décrocher à nouveau la délégation de service public. » La question de l’automatisation des parcs-relais est en revanche évoquée du bout des lèvres. « Nous avons fait le choix d’une nouvelle gestion des parcs-relais. Sur le plan social, nous allons faire du mieux possible, puisque nous allons ouvrir des possibilités d’embauche, notamment pour des postes de conducteurs. Si ces personnes ont le profil, nous sommes prêts à les former avec des contrats de professionnalisation. » Pas de plan de reprise donc, mais une possibilité de candidater aux offres d’emploi émises par la TBC.

« Ce sont des faux-fuyants », crient à l’unisson les déléguées syndicales. « Non seulement certains d’entre nous ne veulent pas devenir conducteurs, mais nous n’aurons aucune priorité sur les autres candidatures. C’est du vent pour calmer les esprits et éviter de dégrader la situation avant de nous mettre à la porte dans moins de deux mois. » Keolis de rétorquer que 100 postes de conducteurs ont été créés cette année. « Autant de concurrence pour l’an prochain », affirment les syndicalistes. Aujourd’hui, un comité d’entreprise se tient au siège parisien de Phone Régie. Ghislaine et Maryse vont tenter « de défendre ce qui peut l’être » et n’excluent pas « de monter des actions d’ici à la date fatidique ».

(1) Phone Régie est implantée à l’international et compte plus de 4 000 salariés.