Bordeaux: Trams et bus évitent les Aubiers en raison de la multiplication de tirs laser

Derrick Ceyrac AFP
Le tramway de Bordeaux, le 21 décembre 2003 à la station Peyberland sur la place de l’Hôtel de Ville

SECURITE – Suite à de nouveaux tirs au laser visant les conducteurs, les agents de la TBC se disent «très inquiets»…

«En raison de tirs laser, le tramway ne dessert plus le terminus Berges du Lac, ni le quartier des Aubiers». La ligne C du tramway a été interrompue mardi soir à la station Grand Parc. De nouveaux tirs au laser visant des agents de la TBC avaient été signalés dans la soirée dans le quartier des Aubiers, et les conducteurs de tramway et de bus ont décidé de ne plus s’y rendre. Cela fait suite «à un week-end très agité» dans ce quartier, explique Xavier Sanchez, secrétaire général CGT à la TBC.

«Il y a eu plusieurs tirs laser signalés dimanche 19 octobre, et il a été décidé d’évacuer le quartier pour sécuriser les usagers et le personnel. Les bus et les tramways ne s’y rendaient plus. Désormais, à chaque signalement, la station ne sera plus desservie», explique le syndicaliste, qui pointe «la très grande inquiétude des conducteurs de la TBC. Ils n’en peuvent plus et certains viennent travailler la peur au ventre. La situation est en train de prendre de graves proportions.»

Menace d’un droit de retrait

La direction de Keolis a réagi mercredi soir: «Aucune demande officielle n’a été effectuée pour ne plus desservir Les Aubiers. Si c’est le cas, il s’agit d’une initiative personnelle» tient-elle à préciser. Sur le phénomène, elle dit prendre le problème «très au sérieux: une cellule de crise sera organisée en novembre, et des actions de prévention sont menées dans les collèges et lycées. Parallèlement, la police effectue des contrôles à la foire aux plaisirs pour contrôler quel type de laser y est vendu.»

Les organisations syndicales commencent, elles, à évoquer la possibilité d’un droit de retrait. «Nous sommes conscients que la direction n’y est pour rien, mais il est temps de mettre en place des mesures contre ce phénomène.»

Au 13 octobre, on dénombrait déjà 51 tirs laser depuis le début de l’année visant des chauffeurs de bus ou de tram sur l’agglomération de Bordeaux. Un conducteur de tram visé le 9 octobre à Lormont avait été transporté au CHU Pellegrin. Le 15 octobre, un autre conducteur avait été touché à Cenon et a également été transporté au CHU.

«Ne pas chercher la source du pointeur»

Mais quel est le danger réel de ces pointeurs laser? Chef du service d’ophtalmologie au CHU Pellegrin, le professeur Jean-François Korobelnik indique que le conducteur visé à Lormont est «bien venu consulter en urgence à Pellegrin, et il ne présentait aucune lésion oculaire». Il ajoute que «d’autres patients sont venus consulter ces dernières semaines pour la même raison, et aucune lésion n’a été constatée».

Il n’empêche que dans certains cas, des séquelles ont été relevées, surtout lorsque la personne a fixé le laser. Le professeur Korobelnik recommande ainsi «de ne pas chercher la source du pointeur et de ne pas le fixer».

«Les conducteurs sont excédés»

Xavier Sanchez évoque de son côté le cas d’un conducteur de tramway qui, après avoir été visé en 2013, a commencé à avoir des problèmes de vue. Son permis de conduire n’a pas été renouvelé et il a perdu son poste.

«La plupart des laser utilisés par les individus qui visent les agents de la TBC ne sont sans doute que des jouets inoffensifs, reconnaît Xavier Sanchez. Mais certains pointeurs sont plus puissants et peuvent causer des dégâts. Et dans tous les cas, nos conducteurs, lorsqu’ils voient une lumière apparaître, ne savent pas si la source représente un danger ou pas, c’est pourquoi ils sont aujourd’hui excédés.»