Sur l’axe barrière du Médoc-Jardin public, la déviation des bus pour cause de chantier du tram D provoque l’ire des habitants. Ils envisagent de saisir la justice.

Bordeaux : le quartier du Jardin public vent debout contre les bus
L’un des membres de l’association Faubourg Traverse. © Photo

fabien cottereau

 

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ans la salle du restaurant La Blanche Hermine, dans le quartier du Jardin public, à Bordeaux, tout le monde broie du noir. Dans un peu plus de deux mois, plusieurs rues étroites du secteur verront défiler une multitude de bus, déviés pour cause de chantier du tram D sur l’axe Fondaudège-barrière du Médoc. Les habitants mécontents ont créé une association, lancé une pétition et – s’estimant « pris pour des cons », comme l’un d’eux le répète – ils veulent maintenant saisir la justice.

Ce matin, les membres de l’association Faubourg Traverse ont rendez-vous chez l’avocat. Ils veulent étudier la faisabilité d’un référé devant le tribunal administratif contre l’arrivée des bus dans les rues de la Course, Mandron, Camille-Godard, Labottière et Ducau. Soit un réseau de voirie plutôt étroit et qu’ils estiment trop fragile pour supporter le passage, à partir du mois de septembre, de 500 bus de Kéolis chaque jour (250 dans le sens Bordeaux-barrière du Médoc, autant dans l’autre sens).

« Nous avons plusieurs angles d’attaque, explique le président de l’association, Arnaud Marquès. D’une part, quand des travaux dépassent un certain montant, il doit y avoir une concertation préalable avec les habitants, dans des formes précises. Or, certains ont été à des réunions, on nous parle de 250 personnes, mais on ne sait pas vraiment, il n’y a pas de liste d’émargement, tout le monde n’avait pas été convié… D’autre part, il existe un arrêté municipal qui interdit la circulation des véhicules de plus de 19 tonnes sur une partie de la rue de la Course, dont le sous-sol est fragile. Or, certains bus à double corps pèsent près de 30 tonnes. Nous pouvons faire valoir ces arguments dans un référé. »

Le 4 juin, l’association a écrit à Alain Juppé, maire de la ville et président de la Communauté urbaine, qui est responsable des travaux de voirie, de la gestion des bus, et du chantier du tram sur Fondaudège, qui est à l’origine de tout. Pas de réponse. « Ils se foutent de nous ! », entend-on dans la salle du restaurant. « Nous ne sommes pas du tout entendus », dit un autre.

Le point de vue de la maire adjointe du quartier, Anne-Marie Cazalet, est tout autre. « Nous avons tout fait pour que les gens soient informés et pour limiter les nuisances. On ne pouvait rien faire de plus », rappelle l’élue. Selon elle, deux itinéraires de déviation des bus avaient fait l’objet d’une concertation, mais c’est un troisième itinéraire qui a été finalement retenu, trop tard pour être concerté sur toute sa longueur.

Au départ, les bus devaient passer à double sens par la prestigieuse rue d’Aviau. Mais d’une part, ses habitants s’y sont opposés en montant eux aussi une association, et d’autre part, « certains ayant leurs entrées à la mairie » selon Faubourg Traverse, ils sont parvenus à convaincre Alain Juppé de ne pas mettre tous les bus sur Aviau. Ce sont donc les rues autour, moins larges, qui les recevront.

Sauf si les troupes d’Arnaud Marquès arrivent à se faire entendre elles aussi. Leur pétition a recueilli plus de 750 signatures, contre 350 pour celle de la rue d’Aviau. L’association publie aussi sur son site Internet des photos prises cette semaine. On y voit les embouteillages créés par une première vague de bus déviés. Une longue file dans la rue de la Course, qui ne s’extirpe du bouchon final de la place Paul-Doumer qu’au compte-gouttes.

Mais la maire adjointe est formelle : il n’y a « aucune possibilité de trouver un autre itinéraire que celui-là ».